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  • Sophie Morel

Se Sentir Mal, C'est Normal

Ce titre peut de prime abord sembler contradictoire avec l’objectif-même de la sophrologie : le mieux-être. Que celui qui ne s’est jamais senti mal dans sa vie lève la main. Nous vivons dans une ère où ne pas être heureux est montré du doigt : d’ailleurs, le marketing l’a très bien compris dans ses campagnes publicitaires ! Combien de fois avez-vous vu tel ou tel remède pour que vous deveniez une personne sereine, comme ça, d’un coup de baguette magique ? Avec des sous-entendus comme : “Eh oui, de quoi vous plaignez-vous ? Pourquoi vous allez mal alors que vous avez tout pour être heureux ? Heureux, soyez-le à tout prix ! Souriez, vos problèmes vont s’envoler !” Et si on arrêtait de faire culpabiliser les individus qui se sentent vraiment mal dans leur peau, et que nous acceptions tous nos propres limites ? Et reconnaître que se sentir mal, c’est totalement normal ?

Se sentir mal prouve que nous sommes humains : nous avons des sentiments. Prenez cet exemple : si on vous fait une remarque désobligeante sur votre travail ou votre physique, vous allez probablement en être blessé ou vexé. Que c’est injuste alors que vous avez fait de votre mieux ! Et c’est parfaitement normal d’éprouver cela. Bizarrement, nous avons tendance à mieux nous souvenir des choses négatives, à notre grand dam. Même si l’on a passé une bonne journée, il suffit de quelque chose de désagréable pour tout gâcher. Et manque de chance, ça va rester ancré dans notre cerveau pendant un certain moment, jusqu’à ce qu’on crève l’abcès ou que le temps panse la douleur.


La pression que l’on a dans la vie de tous les jours joue énormément sur notre santé mentale. Le perfectionnisme est souvent, entre autres, un fléau. Car bien qu’il nous pousse à faire toujours mieux et plus, le terrible revers de la médaille, c’est que nous ne sommes jamais satisfaits de nous-mêmes, voire des autres. Pour une société prônant le bien-être à tout prix, il est assez ironique de voir qu’elle contribue elle-même au mal-être de ceux qui se sentent au plus bas, en les dénigrant, en les aliénant et en les faisant culpabiliser. Le regard d’autrui et les “qu’en dira-t-on” ont toujours été de véritables entraves dans l’épanouissement de quelqu’un.


Pensez-vous qu’il existe un seul humain qui ne se soit pas senti mal au moins une fois dans sa vie ? Même s’il a tout ce qu’il veut, paraître heureux, ne veut pas dire qu’il l’est vraiment. Par exemple, la dame toute souriante qui apparaît sur l’affiche publicitaire, vous pensez que ça ne lui arrive pas d’aller mal ?


Rappelons aussi que nous avons tous notre propre définition du bonheur. Selon notre vécu, nous en avons donc tous une vision différente, mais celle qui prédomine est bien celle qui est passivement inculquée par la société. Alors, qu’est-ce qu’être heureux par cette dernière ? Être marié, avoir des enfants, une bonne situation et être riche ?


Ne culpabilisez donc pas lorsque vous vous sentez mal. Non, vous n’êtes pas un enfant pourri gâté. Ce n’est pas pour rien que les émotions existent. En effet, elles sont là pour envoyer des messages, pas qu’aux autres, mais aussi à soi-même. En sophrologie, on reconnaît que l’esprit et le corps sont deux entités inséparables. Ce qui veut dire que lorsque l’un ne va pas bien, l’autre le ressent à sa manière et le transmet : c’est un peu une façon de dire “Stop, arrête-toi et écoute : je souffre”.

Disons-le clairement : accepter d’aller mal et le reconnaître, c’est ne pas se voiler la face. C’est également constater que nous avons nos propres limites. Et c’est souvent de manière assez violente que nous nous en rendons compte : et c’est pour ça que c’est douloureux. Nous pouvons éprouver des difficultés à nous relever, mais lorsque nous parvenons à le faire, nous en ressortons plus matures. “Ce qui ne tue pas rend plus fort”, bien que cet adage soit à prendre avec des pincettes, il n’est pas tout à fait faux. En effet, lorsque nous allons peu à peu mieux, l’évolution est synonyme de fierté. Et même si cela ne nous ramènera jamais ce que nous avons perdu ou n’effacera ce que nous avons ressenti de négatif, cela nous permettra de continuer d’avancer dans la vie. Ce n’est d’ailleurs qu’en lâchant prise que l’on arrive à panser ses propres blessures, bien que l’on ait peur de perdre contrôle.


En fait, aller mal, c’est apprendre à mieux se connaître. Et ça aide aussi à voir sur qui on peut vraiment compter. Car être bien entouré, c’est essentiel. Bien qu’on ait tendance à se dire qu’on peut s’en sortir tout seul, comme un grand, quoi de mieux que de se sentir épaulé et compris par des personnes qui nous aiment ?



Donc oui, vous avez parfaitement le droit d’aller mal, et c’est même normal. Néanmoins (parce que oui, il y a un “mais”), si cet état de mal-être se poursuit pendant de longues années, à la limite de vous empêcher de vivre, ne vous dérobez pas, et parlez-en à quelqu’un. Prenez soin de votre santé, un mal-être profond qui vous ronge ne vous sera jamais bénéfique.


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